Dévaluation du Naira et production agricole au Bénin : les nouveaux défis des politiques d’intégration économique

Les institutions d’intégration régionale telles que la CEDEAO et l’UEMOA ainsi que leurs différents organes ont défini nombreuses politiques pour favoriser l’intégration économique et les échanges entre les pays membres. Plusieurs de ces politiques ne sont pas implémentées dues à plusieurs facteurs parmi lesquels on peut citer le manque de vision prospective des dirigeants, le protectionnisme économique, ou le manque de pertinence desdites politiques.

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Quoiqu’il en soit, que ce soit aujourd’hui ou demain, ces pays membres ont grand intérêt à d’une part appliquer ces politiques d’intégration et d’autre part en définir de nouvelles stratégies pour promouvoir les échanges et permettre une meilleure intégration. Ceci devient nécessaire compte tenu des nouveaux défis économiques auxquels chaque pays doit faire face.

La dévaluation du naira, pas une bonne nouvelle, mais  une opportunité à saisir

A titre illustratif, la récente dévaluation de la monnaie nigériane influe fortement sur l’économie béninoise et sur presque toute sa chaine de production. Le voisin de l’est étant le grand consommateur des produits agricoles béninois, le faible taux de change de sa monnaie a rendu du coup les produits béninois non compétitifs sur le marché nigérian.

Pire c’est le contraire qui est constaté. Des produits de grande consommation au Nigéria tels que les œufs, le poisson, la viande de porc font aujourd’hui le trajet inverse du Nigéria vers le Bénin.

Bien que ce soit une situation bien déplorable à l’étape actuelle, le Bénin peut en tirer grand profit. Ceci n’est possible d’abord que par un changement de mentalité. Le béninois ne connait pas le Nigéria. Pour le béninois moyen, le Nigéria est un pays d’insécurité et de désordre. Mais çà c’est une vue de loin ou du moins du passé. Le Nigéria d’aujourd’hui est un grand pays très en pointe sur les innovations et les recherches en agriculture. Depuis la chute du cours du pétrole le pays développe en partenariat avec de nombreuses institutions internationales comme la BAD, l’IITA, le CTA de grands programmes de développement agricole.

Si le Bénin ne se repositionne pas, ou ne redéfinit pas les bases de ses échanges avec ce géant de plus de 200 millions de consommateurs, notre pays sera envahi bientôt par plus de produits nigérians qu’il ne compte d’habitants. Signe avant coureur de ce dumping en vue, la situation des œufs de table sur le marché actuellement. L’œuf autrefois vendu à 2000 FCFA le plateau en moyenne est aujourd’hui difficilement vendu à 1500 voire 1300 ou 1400 FCFA. On avait cru la situation passagère, mais sa constance nous inquiète et nous appelle à l’action.

Notre prospection au Nigéria

Nous avons effectué récemment une  visite de prospection au Nigéria pour essayer de comprendre comment ceux-ci peuvent ils arriver à vendre des œufs à 1300 FCFA le plateau et toujours faire du profit. En plus de la situation du faible cours de la monnaie locale qui rend du coup tous les produits nigérians compétitifs sur le marché régional deux constats majeurs sautent à l’œil :

1- Le grand nombre de fabricants d’aliment complet et d’intrants d’élevage: contrairement à chez nous où nous avons un ou deux fabricants d’aliment complets qui dictent leurs lois, nous avons pu dénombrer dans la seule commune de Badagry plus de neufs fabricants d’aliments complets ainsi qu’un grand nombre de société produisant des poussins d’un jour. Chez nous, on continue de penser que les poussins importés d’ailleurs sont les meilleurs alors que le voisin en produit localement et ses éleveurs ont les résultats.

2- Le faible coût des intrants d’élevage comparé au Bénin, conséquence de la multiplicité des fournisseurs et la réduction du coût de production pour le producteur.

Propositions et initiatives à encourager

Un jeune économiste béninois, Shegun Bakary, de l’écurie ABT, dans un article paru dans Jeune Afrique intitulé « arrimons le Bénin au Nigéria » proposait au lendemain de la dévaluation de la monnaie nigériane la création d’une enclave monétaire Bénin-Nigéria. Une telle initiative permettra les échanges entre les deux pays sans être frappés par les taux de change et permettra aux béninois d’approcher le Nigéria avec moins de peur.

Mais en attendant de telles initiatives, qu’il faut espérer de dirigeants assez courageux et visionnaires, nous devons commencer à penser dès maintenant à comment construire de solides partenariats d’affaires dans le secteur agricole avec le Nigéria afin de ne pas se retrouver dans cinq ou dix ans envahi par le surplus de sa production.

Les autorités à divers niveaux doivent faciliter ces partenariats en créant le cadre nécessaire à l’instar de ce que fait déjà avec succès le projet ACMA (Approche Communale pour le Marché Agricole) financé par l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas au Bénin, au profit de certains producteurs. Nous devons améliorer notre connaissance du Nigéria. C’est aujourd’hui un impératif.

Louis Agbokou et Bienvenue Toviwazon

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