Porciculture : Ne donnez pas de la papaye à vos truies en reproduction

Au cours d’une formation sur l’aulacodiculture en 2008 que j’avais été informé que les graines de papaye séchées puis rendues en poudre peuvent être utilisées pour déparasiter les aulacodes. Plus tard, je me rends compte que la même technique est utilisée pour déparasiter bien d’autres espèces animales.

En 2012, j’ai été interpellé dans la commune d’Avrankou par un éleveur de porc dont la truie a avorté 8 porcelets. Au cours de l’anamnèse, il ressortait que ce dernier donnait aux truies des feuilles et le fruit de papaye.

D’un autre côté en 2013, il y a un éleveur dans la commune de Sémè-Podji qui se sert de la papaye mure pour « démarrer » du point de vue alimentation, ses jeunes porcelets jusque avant le sevrage. Ces porcelets avaient développé un appétit vorace et avaient une croissance exemplaire.

Une autre observation au niveau du même éleveur. Il distribue aux truies en reproduction des feuilles, branches et fruits de papaye. Résultat : il enregistre des avortements réguliers, et il a été constaté une diminution importante de la portée (2 à 4 porcelets) au cours de la période où il distribuait les feuilles et fruits de la papaye.

L’action antihelminthique de la papaye se lit à travers toutes ces observations. Cependant, une petite question persiste toujours dans mon l’esprit.

Qu’est ce qui confère à la papaye cette propriété antihelminthique ?

J’ai poussé un peu les recherches et j’ai découvert que cette propriété déparasitante de la papaye est conférée par une enzyme appelée la papaïne. La papaïne détruit certains vers parasites, est antitoxique (diphtérie, tétanos), anti-inflammatoire et contribue à la cicatrisation des plaies ; le latex est aussi antifongique. D’après les études, cette propriété antihelminthique est plus concentrée dans les graines de la papaye.

La papaïne est en fait un mélange d’enzymes protéolytiques (ou protéases), capable de scinder les protéines en molécules plus simples – ce qui constitue en quelque sorte un début de  » digestion  » des protéines -, et de coaguler le lait. Ces propriétés de la papaïne sont utilisées empiriquement dans les pays tropicaux (d’où la papaye est originaire) où, pour attendrir la viande, il est habituel de l’envelopper pendant quelques heures dans des feuilles de papayer.

Pour en savoir plus, cliquer sur 1 et 2.

La papaye se comporte-t-elle de la même façon que les autres  déparasitants ?

Affirmatif, du moins en se basant sur mes observations empiriques. Je veux parler en fait des contre-indications. La plupart des déparasitants sont contre indiquées chez les femelles en gestation (pareil pour les femmes enceintes).

Des études montrent que le fruit et la graine empêchent l’implantation de l’œuf dans l’utérus. L’emploi de la plante chez la femme enceinte, les enfants et les personnes ayant l’intention de procréer est déconseillé. Voilà qui répond à mon interrogation. L’organisme animal est assez proche du point de vue physiologique de celui des humains. La diminution des portées observée chez les truies de l’éleveur de Sémé-Podji pourrait s’expliquer par le fait que de nombreux œufs n’ont pas pu s’implanter dans la paroi utérine à cause de la distribution importante des fruits et feuilles de papaye. Pour ce qui est des avortements observés, il s’agit de l’effet abortif de la plupart des déparasitants, raison pour laquelle ils sont contre-indiqués chez les femelles gestantes surtout en début de gestation.

 Que faut-il retenir ?

La papaye est un excellent aliment pour attiser l’appétit de vos porcs à l’engraissement. Mais ne donnez pas la papaye à vos reproducteurs et surtout pas aux truies gestantes. La papaye verte est réputée provoquer des avortements, les femmes enceintes ne doivent pas utiliser de compléments alimentaires contenant de la papaïne. A ce sujet, le spécialiste en santé humaine précise que la chair de papaye mûre ne contient que des quantités infimes de papaïne. Elle n’a pas de vertus digestives et peut être consommée par les femmes enceintes. Pour ma part, j’ajoute que les femmes ne consomment pas les graines de papaye bien sûr, ce qui n’est pas le cas chez les truies. Ne donnez pas aux truies de la papaye qu’elle soit mûres ou non.

Pour conclure, je voudrais vous rappeler que les avortements successifs ou les problèmes de fertilité de vos truies reproductrices  ne sont pas toujours d’origine pathologique, accordez aussi de l’attention à leur alimentation.

Je vous souhaite plein succès.

Louis Agbokou.

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