Bénin : Que faire pour développer la filière palmier à huile ?

Tout sur cet arbre est valorisé et commercialisé. Le palmier à huile représente pour le Bénin une filière qui mérite des politiques adéquates pouPalmier a huiler un développement effectif. C’est une filière pour lequel je recherchais un spécialiste il y a un bon moment. J’ai enfin trouvé un spécialiste, qui installe des fermes de production du palmier à huile depuis bien des années. C’est lui qui m’a aidé à recueillir des propositions sur le développement de la filière palmier à huile.

L’historique de la filière

A l’indépendance, les Etats africains francophones ont manifesté le souci de se créer des instruments modernes de développement économique. Au Bénin, le secteur rural et principalement le palmier à huile a été celui qui bénéficia le plus des attentions de l’Etat. Les dérivés du palmier à huile contribuaient à plus de 70% aux recettes commerciales du pays. C’est  donc dans le but d’en faire une culture économiquement rentable  pour le pays que le sous-secteur du palmier à huile, déjà organisée en filière sous la colonisation, a connu de grands investissements, avec la création des coopératives d’aménagement rural. La politique de développement agricole par les coopératives agricoles a amené à la création d’un ministère de l’agriculture chargé, par arrêtés, de mettre à exécution les différentes décisions prises par le gouvernement dans le secteur agricole. Mais la pertinence d’une telle politique de développement tarde à s’imposer. Les années de fonctionnement des coopératives agricoles sous le contrôle de l’Etat n’ont pas empêché la croissance du niveau de pauvreté monétaire des communautés rurales agricoles et la détérioration de leurs conditions sociales. Dans sa marche vers la rentabilité économique et sociale, le milieu rural béninois a connu des transformations structurelles et socio-économiques qui ont largement modifié les rapports de production, faisant du Sud-Bénin une zone économiquement tournée vers l’extérieur. Les coopératives d’aménagement rural étaient dans l’impasse économique et sociale, avec la résurgence de conflits et d’actes d’incivisme. Le Bénin a disparu de la liste des pays exportateurs d’huile de palme la décennie qui a suivi. C’est dans cette situation chaotique que le Bénin, au regard des exigences du Programme d’ajustement structurel(Pas), s’est désengagé en 1997 de la filière palmier à huile, laissant la gestion aux coopératives.

Après le désengagement de l’Etat de la gestion des coopératives, les résultats, trois décennies plus tard, ont été décevants. Il paraît alors évident que la logique d’Etat, au lieu de protéger les paysans et de favoriser leur bien-être à travers les coopératives agricoles, les a plutôt livrés aux contraintes de l’économie de marché, faites d’expropriation des terres et d’exploitation des forces de travail. Ces confits sont exacerbés par la mauvaise gouvernance économique et sociale, surtout après le retrait de l’Etat de la gestion directe des coopératives.

Le désengagement de l’Etat a laissé le champ à d’autres acteurs locaux qui ont pris le contrôle des coopératives. Plusieurs organisations paysannes se partagent le secteur du palmier à huile. Mais les plus connues sont celles qui sont issues des coopératives jadis contrôlées par l’Etat. Les coopérateurs, avec l’assistance des partenaires au développement, ont créé les Unions régionales des coopératives d’aménagement rural (Urcar) qui sont des organisations faîtières de premier niveau. Ce désengagement de l’Etat a permis de rénover une partie des palmeraies et a remis en selle la production sur toutes les coopératives. Mais cette réhabilitation s’est effectuée sur des prêts avec intérêts accordés aux coopératives par la Banque Mondiale, la Coopération Suisse et les Japonais.

Le désengagement en 1997 est intervenu sur cette relance de la production certes, mais aussi avec le démembrement de la structure de production : alors que les palmeraies reviennent aux coopérateurs, les unités industrielles sont cédées aux privés qui ne partagent pas les mêmes intérêts qu’eux. Les milliers de paysans sont désormais livrés à leur capacité de production, aux textes et aux hommes chargés de les appliquer. S’adapter au nouveau contexte national, s’insérer dans le nouvel ordre mondial qu’impose la globalisation et, en retour, assurer le bien-être social et économique des sociétaires, sont les défis que devraient relever les organes de gestion des Car. Surtout que le retrait de l’Etat a favorisé l’émergence de groupes de pression qui contrôlent l’essentiel des activités des coopératives.

Les Car, ayant une histoire particulière parce qu’issues des entrailles de l’Etat avec des conflits originels, elles ne veulent accepter en leur sein d’autres membres.  Ces difficultés congénitales sont d’ailleurs doublées de situations socio-économiques complexes. Le secteur du palmier à huile s’est alors enrichi d’autres organisations paysannes, qui sont nées de la multiplication des plantations familiales. En effet, deux ans avant le désengagement de l’Etat, la filière du palmier à huile se trouvait dans une situation critique. Les coopératives accumulaient des arriérés de salaire, les palmeraies étaient envahies par des jachères, les récoltes volées par les sociétaires, une partie du patrimoine foncier vendue illégalement et certains palmiers abattus pour l’extraction du vin de palme. Le premier programme de réhabilitation est venu éviter, en 1995, la détérioration complète de la situation des Car.

Quelques chiffres… 

Le Bénin compte trois grandes coopératives : celle d’Agonvy qui dispose de 11 200 ha, celle de Hinvi qui fait 8.700 ha et la coopérative de Houin-Agamè qui est propriétaire de 5.100 ha. La production, presque stable de 1960 à 1966 autour de 100 000 tonnes de régimes de palme, croît de façon spectaculaire entre 1966 et 1968 avant d’amorcer de 1970 à 1972 une descente en escalier jusqu’en 1973 où on observe une nouvelle remontée de la production. La filière du palmier à huile entama sa descente aux enfers avec les contre-performances de la Société nationale des industries de corps gras (Sonicog). Le déficit en matières premières était donc énorme quant à l’approvisionnement des huileries de Houin-Agamé, Hinvi et Grand Agonvy. De 31 957 tonnes en 1970, la production commercialisée de l’huile de palme n’était que de 15000 tonnes en 1980.

Certains des héritiers des propriétaires terriens procèdent au morcellement et à la vente des terres de ces coopératives, ce qui réduit les aires cultivables. Un autre facteur réside dans l’abattage des pieds de palmiers à huile pour la fabrication du vin de palme. Au lieu de procéder au remplacement des pieds abattus par des palmiers sélectionnés à haut rendement, les exploitants transforment ces aires cultivables par d’autres cultures. Nous tenons à revenir sur le morcellement des terres initialement occupées par des plants de palmiers à huile, au profit de l’urbanisation car l’exemple de la ZOPA (Zone des palmiers) est assez illustratif à ce propos. Des habitations remplacent les palmiers à huile dans cette zone.

Des propositions au Gouvernement ou à toute partie intéressée

Selon une enquête de la BOAD sur comment relancer la filière des oléagineux, sous filière palmier à huile, l’huile de palme présente les meilleurs atouts pouvant aider les dirigeants africains à résorber le déficit de leurs pays en huile. Cette huile est déjà intégrée dans les habitudes alimentaires des consommateurs de l’espace UEMOA et présente de grandes possibilités de développement notamment dans les pays côtiers (Côte d’Ivoire, Bénin, Togo …).

  • La production

Comme le coton, le gouvernement Béninois, doit faire de la filière palmier à huile une priorité étatique : un choix politique et se donner les moyens pour surmonter certaines difficultés liées à la production de cette culture à savoir une faible pluviométrie et des problèmes fonciers qui entravent la promotion de la production du palmier à huile.

De surcroît, la non application effective de la législation foncière au Bénin amincit les possibilités de faire de cette culture, une filière à valeur ajoutée.

     L’état doit aussi relancer de la filière du palmier à huile en collaboration avec d’autres acteurs en dehors de ses habituels partenaires. Car le gouvernement précédent avait initié des rencontres avec ces derniers pour les aider à régler vainement les conflits des CAR et des URCAR qui n’a fait que perdurer.

Dans un futur proche, les dirigeants Béninois doivent susciter la constitution des producteurs individuels de palmier à huile en groupes villageois d’intérêts économiques pour une bonne organisation de cette filière. Le gouvernement devra mettre en place une structure qui s’occupera de l’organisation de ces groupes et de l’achat des fruits qu’ils produisent pour les mettre à la disposition des transformateurs.

Noix de palmeAu plan national, les régions du sud-Bénin où se cultive le palmier à huile connaissent une pluviométrie annuelle variant entre 1300 et 900 mm. Cette situation occasionne une grande variabilité des pluies avec des déficits hydriques importants préjudiciables à un rendement industriel. Si c’est vrai que l’Indochine et la Malaisie représentent 85% de la production mondiale des noix de palme, et sont réputées aujourd’hui comme des pays tirant l’essentiel de leurs revenus de la filière palmier à huile, c’est aussi vrai qu’il pleut abondamment et sur une longue période de l’année dans ces pays asiatiques. Leurs statistiques pluviométriques dépassent de loin celles de notre pays. Mais le Bénin peut corriger l’irrégularité des précipitations qui s’impose à lui par la mise en place d’un système d’irrigation.

  • La transformation

Au plan technique, le Bénin ne dispose pas d’infrastructures performantes pouvant contribuer à la structuration, à une échelle internationale, de la filière palmier à huile. En dehors de l’usine d’Ikpinlè (CODA) dans la commune d’Adja-Ouèrè, des unités exploitées jusque-là sont de type artisanal ou semi artisanal qui se chargent de transformer les régimes en huile de palme et en huile de noix palmiste. Cette exploitation artisanale ne permet pas d’optimiser la production industrielle. Le gouvernement doit renouveler et équiper les usines de transformations installées par l’Etat et qui ont été privatisées en 1998 après le désengagement de l’Etat de la gestion des coopératives. Ces usines sont actuellement vétustes et leur rendement est faible.

Selon un technicien en mécanique générale, monsieur Basile NOUKPO, qui a déjà fait ses preuves en matière de remise en marche d’anciennes usines dont celle d’Ikpinlè par exemple, l’huilerie de Houin-Agamey peut être réhabilitée à moindre coût.

Tout ce qui précède explique les raisons qui sous-tendent l’insuffisance de la production d’huile de palme pour satisfaire la demande nationale. C’est l’huile importée qui assure finalement des besoins de cet aliment. Cette situation n’est pas sans conséquences pour la promotion de la filière et devrait amener les acteurs du secteur, et notamment les organisations de producteurs (OP) de palmier à huile (sud du Bénin), à réfléchir à la mise en place d’un cadre de concertation. Ce qui permettra de s’interroger sur l’opportunité de la réalisation d’une étude sur la production du palmier à huile dans des conditions idéales (avec installation de systèmes d’irrigation etc…), et la commercialisation collective de l’huile de palme locale ou des noix de palme à l’échelle nationale et ensuite à l’internationale.

Je vous remercie.

Publicités

3 réflexions sur “Bénin : Que faire pour développer la filière palmier à huile ?

  1. Arnoldine ACHADE 3 janvier 2017 / 19 07 17 01171

    Bonjour, mon nom est Arnoldine. Je suis béninoise résidente au Canada. Je suis très intéressé par la filière palmier a huile mais j’y connais pas grand chose. J’aimerais avoir quelques conseils de personnes avertis car j’envisage investir dans le secteur. Est ce un secteur rentable lorsqu’on est un petit investisseur? merci pour vos réponses.

    J'aime

    • Le Blog de Louis Agbokou 4 janvier 2017 / 2 02 03 01031

      Bonjour Arnoldine, j’ai écrit cet article avec l’aide d’un spécialiste. Quelqu’un qui mieux que moi peut bien répondre à toutes vos préoccupations en ce qui concerne la culture du palmier à huile.
      Je vous conseille si vous n’y trouvez pas d’inconvénients m’adresser un email à louisassou@gmail.com afin que je vous mette en contact avec l’intéressé par email.
      Je vous remercie.

      J'aime

    • Georges Tehini 31 mars 2017 / 9 09 54 03543

      Salut Arnoldine – Passez moi votre cell je vs contacterais sur whatsapp – moi mm jai investi ds le palm oil a Freetown et suis tres interesse par le Benin = peut etre pourrions ns faire qq chose ensemble – amities Georges : mobile:+9613273878

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s